
Quand on débute dans l’écriture, on a souvent l’impression d’avancer à tâtons. On écrit avec enthousiasme, parfois avec acharnement, mais aussi avec beaucoup de doutes. Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je prends le bon chemin ? Est-ce que je perds mon temps ?
Ces questions sont normales. Elles font partie intégrante du processus créatif. Pourtant, certaines erreurs reviennent très souvent chez les écrivains débutants, quel que soit leur genre littéraire ou leur parcours. Les identifier permet non seulement de gagner du temps, mais aussi d’écrire avec plus de sérénité.
L’objectif de cet article n’est pas de pointer du doigt ce qui ne va pas, ni de dresser une liste de choses à ne surtout pas faire. Il s’agit plutôt de mettre des mots sur des blocages fréquents, de comprendre pourquoi ils apparaissent, et surtout de voir comment avancer malgré eux. Si tu te reconnais dans l’une (ou plusieurs) de ces erreurs, rassure-toi : tu n’es ni en retard, ni à côté de la plaque. Tu es simplement en train d’apprendre.

L’une des erreurs les plus fréquentes chez les écrivains débutants est l’impatience. Elle est compréhensible : lorsqu’on commence un roman, on a envie de le terminer rapidement, de le partager, parfois même de le publier. On projette déjà le livre fini, tenu entre les mains, reconnu par des lecteurs. Cette projection peut être extrêmement motivante… mais aussi piégeuse.
Vouloir aller trop vite conduit souvent à négliger des étapes essentielles. Certains auteurs passent presque directement du premier jet à la diffusion, persuadés qu’une relecture rapide suffit. D’autres pensent qu’une seule phase de réécriture est largement suffisante, ou qu’il n’est pas nécessaire de faire appel à des regards extérieurs. Le problème, ce n’est pas le manque de bonne volonté, mais le manque de recul.
Un manuscrit a besoin de temps pour mûrir. Lorsqu’on est plongé dans son histoire, on ne voit plus ses défauts. Les incohérences, les longueurs, les personnages sous-exploités deviennent invisibles. Laisser reposer un texte, même quelques semaines, permet de revenir dessus avec un regard plus lucide. On lit alors non plus avec l’émotion de l’écriture, mais avec l’attention du lecteur.
La correction, elle aussi, demande du temps et plusieurs passages. Un roman ne se corrige pas en une seule fois. Il y a d’abord les grandes décisions à prendre : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ce qui mérite d’être développé ou supprimé. Puis vient le travail plus fin sur les scènes, les dialogues, les réactions des personnages. Enfin, seulement, on peut s’attarder sur le style et la langue.
Aller trop vite donne souvent l’illusion d’avancer, alors qu’on se prive d’une étape fondamentale de progression. Prendre son temps, ce n’est pas ralentir son projet : c’est lui donner une vraie chance d’aboutir.
Une autre erreur très répandue chez les écrivains débutants consiste à se lancer sans aucune vision d’ensemble. L’écriture commence parfois sur un coup d’élan : une idée forte, un personnage inspirant, une scène qui s’impose. Et pendant quelques pages, tout semble fluide. Puis, peu à peu, le doute s’installe. On ne sait plus où l’histoire va, ni comment elle pourrait se terminer.
Écrire sans plan n’est pas un problème en soi. Beaucoup d’auteurs découvrent leur histoire en l’écrivant, et c’est une démarche tout à fait valable. En revanche, écrire sans structure minimale peut rapidement devenir décourageant. Sans repères, on tourne en rond, on multiplie les scènes inutiles, on perd de vue les enjeux du récit.
Avoir une structure ne signifie pas enfermer son imagination. Il ne s’agit pas de prévoir chaque chapitre dans le détail, mais de comprendre les grandes étapes de l’histoire. Savoir d’où l’on part, ce qui va bouleverser la situation initiale, comment les tensions vont monter, et vers quel type de résolution on se dirige. Ces repères servent de fil conducteur, surtout dans les moments de doute.
La structure concerne aussi le processus d’écriture lui-même. Beaucoup d’écrivains débutants se lancent sans réfléchir à la suite des étapes : comment trouver des idées, comment organiser ses recherches, comment passer du premier jet à la réécriture. Résultat : ils s’arrêtent en chemin, non pas par manque de talent, mais par manque de méthode.
Chaque auteur doit trouver sa manière de fonctionner. Certains ont besoin d’un cadre rassurant, d’autres d’une grande liberté. Mais dans tous les cas, expérimenter différentes approches et ajuster sa méthode est indispensable. Une structure, même légère, permet de rester engagé dans son projet et d’éviter l’abandon en cours de route.

La troisième erreur, sans doute la plus insidieuse, concerne la confiance en soi. Beaucoup d’écrivains débutants doutent profondément de leur légitimité. Ils remettent sans cesse en question leurs choix, leur style, leurs idées. Ce doute peut devenir paralysant, surtout lorsqu’il est nourri par le regard des autres.
Recevoir des retours est important, mais encore faut-il savoir comment les accueillir. Certains auteurs prennent chaque remarque comme une vérité absolue et modifient leur texte dans tous les sens, jusqu’à ne plus reconnaître leur propre histoire. D’autres cherchent à anticiper les attentes des lecteurs, du marché ou des maisons d’édition, au point d’écrire un roman qui ne leur ressemble plus.
Il est essentiel de se rappeler que ton roman t’appartient. Les retours doivent être analysés, questionnés, mis en perspective. Une remarque peut être pertinente sans pour autant nécessiter un changement immédiat. L’objectif n’est pas de satisfaire tout le monde, mais de comprendre ce qui sert réellement ton récit.
Le manque de confiance pousse aussi souvent à chercher la perfection dès le premier jet. On se relit sans cesse, on corrige chaque phrase, on n’avance plus. Or, le premier jet n’est pas le lieu de la perfection. Il est le lieu de l’exploration. Accepter d’écrire imparfaitement est une étape indispensable pour progresser.
Gagner en confiance ne signifie pas ne plus douter. Cela signifie apprendre à continuer malgré le doute, à faire des choix, à assumer une vision. Plus tu écris, plus tu apprends à reconnaître ce qui te correspond. Et plus tu t’autorises à écrire ton roman — pas celui que les autres attendent — plus ta voix s’affirme.
Vouloir aller trop vite, écrire sans structure, manquer de confiance en soi : ces erreurs ne sont pas des fautes graves, ni des signes d’incompétence. Elles sont des passages presque incontournables dans le parcours d’un écrivain débutant. Les reconnaître permet de les traverser avec plus de conscience et moins de culpabilité.
Écrire un roman est un apprentissage. On ne maîtrise pas tout dès le départ, et c’est normal. Chaque projet t’apprend quelque chose sur ton fonctionnement, sur ton rapport à l’écriture, sur ta manière de raconter des histoires. L’essentiel n’est pas d’éviter toute erreur, mais de continuer à avancer, d’ajuster, de persévérer.
Si tu débutes, sois indulgent avec toi-même. Tu es en train de poser les bases de ta pratique d’écriture. Et ces bases, même imparfaites, sont précieuses.
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